[Entrée n°8] Si vous ne savez pas mentir, va falloir apprendre mon vieux. C’est la base du métier.

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Intrigante illustration intitulée « La guerre par tout les moyens« , où l’on comprend habilement, qu’une inoffensive clé USB en forme de bombe, peut servir les sombres desseins de l’Empire. Tirée de la collection « Politische Plakate » du talentueux Wyn T.

Les révélations de Wikileaks suscitent chez moi toujours un certain émoi, car sont, trop souvent, la promesse d’une semaine tourmentée, où il faudra redoubler d’ingéniosité et de pédagogie pour démêler le vrai du faux, calmer les fantasmes de certains et essayer de tirer partie d’éventuelles informations avant l’adversaire. Les 8,761 dossiers concernant le Center for Cyber Intelligence (CIA/CCI) n’ont, une fois de plus, pas fait exception. Revenons, voulez-vous, sur cette amusante affaire #Vault7. Oui, les révélations s’appellent #Vault7. Elles sont importantes nous dit Wikileaks, elles ont donc un nom.

J’attire l’attention de l’habile lecteur sur les commentaires qui seront formulés dans cet article. Ces derniers étant rédigés quelques jours après la première série de révélations, baptisée Year Zero, plusieurs de mes appréciations pourraient perdre de leur pertinence au cours des prochaines publications. Wikileaks nous en ayant promis des tas d’autres. Le vertige me saisit.

Dans son communiqué de presse, l’ONG souligne l’importance de la trouvaille en présentant les archives comme une « collection d’outils prêts à l’emploi [This extraordinary collection, which amounts to more than several hundred million lines of code, gives its possessor the entire hacking capacity of the CIA] (!), qui aurait circulé librement au sein d’un premier cercle de confiance, notamment constitué de prestataires privés« . Certes, le communiqué de presse évoque aussi une archive, qui aurait été dérobée sur un réseau classifié de Langley. On ne sait donc déjà plus à quel saint se vouer, mais passons.

Malgré l’effet d’annonce, la colossale archive ne présente, à priori, pas vraiment d’intérêt d’un point de vue opérationnel. Les quelques outils présents sont souvent disponibles en source ouverte ou ne présentent pas d’intérêt immédiat. Pas non plus d’exploits qui nécessiteraient de contre-mesures d’urgence. Seule une étude longue et minutieuse permettra peut-être de tirer parti de quelques lignes de code ou de certains commentaires de praticiens trouvés ça et là.

Certes, au détour de ce qui semblait qu’un wiki de travail, on apprend que la CIA a développé des moyens de lutte informatique offensive (LIO) ciblés de très bon niveau, ce qui ne devrait surprendre personne et éventuellement rassurer les plus sceptiques d’entre nous sur les capacités de la CIA. On apprend, pèle-mêle, qu’à l’instar de n’importe quel service de renseignement national, la CIA cherche, entre autre, à maquiller ses opérations offensives (false flag) et travaille en étroite collaboration avec les plus éminentes universités américaines. Croustillant, mais rien de concret. Retour à la case départ.

Pire, Wikileaks assure avoir déjà pris contact avec certains fabricants pour les aider à corriger les vulnérabilités qui se trouveraient dans les archives #Vault7, mais étant donné le manque de transparence du dispositif, rien n’assure le citoyen prévenant que les failles seront corrigées – si tenté qu’elles existeraient, mais trêve de mauvaise foi. Le praticien lui est condamné à attendre un hypothétique Patch Tuesday. Comme dans le vraie vie quoi.

Pour la petite histoire, je suis personnellement plus inquiet par les multiples vulnérabilités découvertes cette semaine sur le framework Apache Struts (CVE-2017-5638), qui permettent de l’exploitation de code à distance. Ces dernières, en plus d’être d’une criticité remarquable, sont facilement exploitables à partir de scripts dont la mise en œuvre est de niveau Brevet des collèges. Au premier comptage, des milliers de serveurs seraient concernés. Certains racontent que la grande moisson aurait déjà commencé. Comme quoi.

L’affaire #Vault7 n’est cependant pas complétement dénuée d’intérêt opérationnel. Un rapide coup d’œil sur le contexte national et international, ainsi que sur l’environnement informationnel relatif à l’affaire devrait laisser, plus d’un, songeur.

Premier remarque, l’affaire fait suite à une actualité post-élection US très tendue, sur fond de confrontation entre Moscou et la communauté de renseignement américaine. Tensions qui ont été notamment très marquées entre l’administration Trump et le bureau du DNI en janvier 2017.

D’autre part, l’affaire #Vault7 vise clairement à saper la légitimité de la communauté de renseignement américaine, et pas seulement la CIA. Le communiqué de presse de Wikileaks à ce sujet est une mine d’or. Cette posture de Wikileaks, qui n’a rien d’inédit il faut le concéder, vient directement / indirectement (à vous de juger) soutenir la rhétorique de Moscou, laissant penser que finalement la CIA est bien mal placée pour reprocher l’interférence russe dans les élections américaine, puisque cette dernière aurait, à titre d’illustration, fait la même chose en France en 2012. À l’approche des élections françaises, l’allusion est d’ailleurs amusante.

Enfin on ne peut s’empêcher de remarquer que, contrairement à l’affaire Snowden, les primo-diffuseurs n’ont pas été des médias traditionnels coutumiers de ce genre de révélations, tels que le Spiegel, The Intercept ou encore le Washington Post, mais deux médias russes anglophones, RT et Sputnik, notoirement connus pour être très proches des intérêts de Moscou – alerte euphémisme. De même, lorsque l’on connait le rôle très trouble joué par Wikileaks dans le cadre des fuites consécutifs à la compromission du réseau du DNC en 2017, la coïncidence laisse songeur. J’entends à l’oreillette que cette affaire n’est d’ailleurs pas sans rappeler non plus l’affaire Shadow Brokers, dont on suspecte aussi une possible implication du Kremlin.

En conclusion, on aurait tort de ne pas s’interroger sur la raison d’être de cette affaire – et pas seulement sur son soit-disant contenu inédit. #Vault7 ne sert pas seulement les intérêts de Wikileaks, mais joue très certainement un rôle dans un grand échiquier mondial, que l’on aurait tort de ne pas mettre en perspective avec l’actualité russe.

Une humble invitation à la méditation autour d’un bon café, si vous voulez mon avis.

[Entrée n°4] Dans le doute, Meriadoc, il faut toujours suivre son flair.

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Nick Sadek - Illustration série au profit d'un article au sujet de la cyberdéfense.

Nick Sadek – Illustration tirée d’une série au sujet de la cyberguerre. Oui, rien que ça.

Franchement, je ne dis pas ça, parce que je suis un garçon fragile, mais avouez que mettre aux enchères des outils d’attaque informatique liés à la NSA, ça ne manque tout de même pas de panache. Imaginez maintenant que les attaquants créent pour l’occasion une grossière légende, qui associe revendications fumeuses sur fond de lutte des classes et personnage de space-opéra. Avouez que l’affaire commence à prendre une tournure, pour le moins, amusante.

Derrière cette situation passablement cocasse, quelques faits qu’il me semblent pas inutile de souligner. Remarquons en premier lieu, que pour un mois de relâche – nous sommes en août que diable – l’actualité cybernétique est particulièrement dense et notamment liée à de nombreuses révélations, qui impliquent tour à tour, sans trop avoir l’air de, la Russie et les États-Unis. A la louche, parce que je suis magnanime : l’affaire du DNC, les révélations relatives au groupe Sauron, les russes qui affirment être la cible d’attaques sophistiquées et maintenant notre Shadow Broker qui semble vouloir faire trembler la NSA. Je concède ne pas être un observateur très futé, mais tout de même, avouez que cela fait beaucoup d’événements sans dénominateur commun apparent.

Par ailleurs, les revendications du Shadow Broker ne semblent pas très sérieuses. Je ne dis pas que vouloir lutter contre les nantis et le pouvoir n’est pas louable, mais la méthode dans ce cas présent manque clairement de souffle. De même, je ne dis pas non plus que le principe d’une enchère publique ne manque pas de panache, mais là aussi, il faut reconnaître que le dispositif ne sert pas d’éventuelles motivations financières. Avec moins de 1000€ en jeu à ce jour en une grosse semaine, je suis tenté de dire, que s’il s’agit d’argent, l’affaire est mal engagée. Par conséquent, il faudra le concéder, la théorie d’un groupe d’hacktivistes aux motivations politiques ne tient pas la route. Cette couverture est d’ailleurs si peu crédible, qu’elle pourrait prêter à sourire si le contexte géopolitique ne suscitait pas tant de questions.

Portrait du Shadow Broker (Mass Effect 2). Le garçon ne parait pas sympathique. On préférait que ce soit encore un coup des russes.

Portrait du Shadow Broker (Mass Effect 2). Le garçon ne parait pas sympathique. On préférait que ce soit encore un coup des russes.

D’ailleurs coïncidence rigolote qui n’en est peut être pas une. Il semblerait qu’une partie des bitcoins utilisés pour nourrir l’enchère proviendrait d’un lot saisi par le FBI dans le cadre de la fermeture du site de vente de produits illégaux, Silk Road. L’information est sans frais et mériterait d’être savamment recoupée, mais avouez que l’anecdote est cocasse.

D’autre part, l’extrait des documents partagés par l’attaquant en guise de bonne foi est passablement intriguant. Les données à caractère technique, puisqu’il s’agit d’outils et de scripts à fin de lutte informatique offensive (LIO), sont à priori à la fois inédits et légitimes, c’est à dire associés au groupe baptisé Equation Group, très fortement suspecté d’être lié à la NSA – agence dont on ne présente plus l’activité en ces murs, tant elle est connue comme le loup blanc. Outils toutefois assez anciens, car datant de 2013 pour les plus récents. Une éternité donc, mais bref, passons.

Cependant, difficile d’évaluer l’origine et les motivations de cette compromission. Les plus sensibles se laisseront à fantasmer sur une compromission interne, qui parait toutefois bien improbable, mais qui, rappelant l’affaire Snowden, pourrait servir le discours de l’attaquant. L’hypothèse d’un serveur C2 associé aux opérations de LIO de la NSA compromis par l’attaquant il y a plusieurs mois et dont les données ne seraient que publiées aujourd’hui parait plus crédible. Même s’il ne repose sur aucun fait tangible, je le crains. La thèse ne reste pas moins séduisante pour nombre d’observateurs assidus, dont je partage d’ailleurs les conclusions.

Point trop de naïveté n’en faut. Cet étrange déballage d’affaires compromettantes de chaque coté de l’Atlantique n’est probablement pas le fruit d’un fortuit alignement des planètes. Les différents éléments publiés ça et là d’un niveau de fiabilité variable suggèrent au moins une hypothèse, qui me parait pas inutile de développer, en précisant une fois de plus, même si je suis sûr que cela n’est pas nécessaire, mais grossier personnage que je suis, je me permets tout de même, qu’il s’agit d’une hypothèse sur la base de faits dont la fiabilité reste à confirmer.

Imaginons donc un instant que l’affaire du DNC ait provoqué ou tout du moins participé à créer un contexte favorable à l’engagement d’un silencieux bras de fer entre Moscou et Washington, qui se traduit :

  • Coté américain, par des tentatives de compromission du dispositif d’attaque russe, en gros les serveurs C2 utilisés dans les opérations russes en cours ;
  • Coté russe, par un renforcement de la campagne d’influence contre Washington. Opération d’influence, à priori assez complexe, destinée à obtenir de multiples effets sur différentes audience-cible, et dont, je le crains, j’ai du mal à percevoir l’effet désiré. Peut être parce que je me plante après tout.

Dans ce contexte l’affaire du Shadow Broker pourrait avoir pour objet de faire passer un message dissuasif par le canal le plus à même de déstabiliser Washington, tout en rendant, par la même occasion, une réponse officielle du gouvernement Obama plus complexe. A titre d’exemple, publier des outils d’attaque associés à la NSA rappelle, si l’était besoin, à la communauté internationale et aux citoyens américains, l’hypocrisie de l’administration américaine. Hypocrisie partagée par nombre d’États bien entendu, mais qui reste toujours un peu embarrassant d’évoquer publiquement.  Je vois là une belle exploitation des faiblesses du colosse américain, d’autant plus bienvenue, que les documents sont assez anciens. Ce qui serait maintenant assez marrant, c’est que l’on constate dans les semaines à venir l’utilisation par des groupes étatiques russes d’outils disponibles dans le leak publié par Shadow Broker.

Bon, vous l’aurez compris cette hypothèse me séduit particulièrement. Je sais, je suis un garçon facile. Quoiqu’il en soit, si l’hypothèse d’une confrontation grandissante entre les deux tours se confirme, il ne sera pas inintéressant de suivre avec un intérêt renouvelé les architectures d’attaque des groupes associés aux États-Unis et à la Russie, car je n’imagine pas un instant les États-Unis rester les bras ballants face à une éventuelle manœuvre de Moscou.

Cela dit, il semblerait toutefois que, dans cette affaire, la Russie ait pris une longueur d’avance en dictant le tempo de la manœuvre et les règles du jeu, tant il est vrai que dans le cyberespace – oui, j’ai dit cyber – est un monde de faux semblant, et que, par conséquent, la cohérence du discours prime souvent sur la réalité des faits.

A ce jeu là, on le concédera, Moscou semble remarquablement bien se démerder.

[Entrée n°2] Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages

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On dira ce qu’on voudra, mais on ne pourra pas nier que la semaine a été sensiblement marquée par plusieurs rebondissements relatifs à l’affaire du DNC. Une forte activité informationnelle, qui me parait assez logique étant donné le contexte politique. On concédera assez aisément que la nomination de deux candidats aux élections présidentielles reste une événement relativement important pour une démocratie.

Les plus observateurs diront que je radote, mais je ne peux m’empêcher de penser que l’affaire est entrain de créer un dangereux précédent, que nous risquons bien de regretter amèrement dans quelques années. Mais point trop d’alarmisme n’en faut.

Dans cette affaire, deux événements ont particulièrement attiré mon attention. En premier lieu, remarquons une Maison-Blanche, qui surprend par son silence. On parle tout de même d’une opération qui perturbe le processus d’élection d’un pays démocratique et dont l’attribution semble de moins en moins faire de doute. Un gouvernement qui a d’ailleurs semblé faire preuve d’un peu plus d’assurance pendant l’affaire Sony, je dis ça… Certes, vous pourriez me faire remarquer, qu’il est compliqué de se positionner en période d’élection sur une affaire qui concerne directement son parti, et vous auriez raison.

Par ailleurs, la posture du candidat Trump mérite bien quelques lignes. En plus d’être franchement gonflée – remarque, je dis ça mais je ne suis même plus surpris – sa dernière saillie publique, que je vous invite à déguster plus bas, me parait extrêmement dangereuse, car laisse penser que l’ingérence d’un pays tiers dans le processus politique d’une démocratie est un événement normal, qui s’inscrit légitimement dans le paysage politique. D’ailleurs, on me glisse à l’oreillette, que Moscou ne s’est caché cette semaine de faire remarquer qu’un acteur étatique « non identifié » aurait essayé de se glisser dans ses réseaux. Avouez tout de même que le timing est amusant.

Mais point trop de digressions. La responsabilité du Kremlin dans cette opération se faisant de plus en plus évidente, quoiqu’il est encore permis d’en douter, je permets de revenir modestement, et en quelques lignes, sur la stratégie russe en matière de guerre de l’information. En quelques lignes, les gars, en quelques lignes. Pas de panique.

En préambule, difficile de ne pas remarquer, lorsque l’on observe l’activité des groupes étatiques russes (aka APT-28 et consorts), l’association régulière d’opérations d’influence à des campagnes de cyberespionnage ou de sabotage. Cette caractéristique, très révélatrice du mode opératoire russe, est un marquant inédit, qu’il ne parait pas inintéressant de mettre en perspective avec les principes de doctrines à l’origine de l’actuel appareil politico-militaire russe.

Pour Moscou, influence  – les plus vénères écriront carrément PSYOPS – et opérations offensives dans le cyberespace sont intimement mêlées. D’abord parce que, pour les théoriciens moscovites, il n’existe pas de cyberespace, du moins tel que nous l’entendons, ici, en Occident, mais un milieu informationnel constitué de l’ensemble des domaines stratégiques (terre, milieu marin etc). Pour mieux comprendre, revenons en 1999.

L’arrivée de Poutine au gouvernement a marqué un tournant dans la doctrine russe, alors caractérisée par une déliquescence que les plus pudiques d’entre nous qualifieront de flagrante. Les premières expériences en Tchétchénie, puis la Géorgie, ont servi de laboratoire à un nouveau dispositif théorique, baptisé doctrine Gerasimov ou New Generation Warfare (NGW). A ce sujet, je vous invite à lire l’excellent papier publié par l’IFRI en novembre 2015. La lecture vaut le détour.

En quelques mots et sans trop s’éloigner du sujet, la doctrine Gerasimov se caractérise par une combinaison de stratégie directe et indirecte, qui embrasse l’ensemble des principaux champs de pouvoir, tels que la diplomatie, l’économie, l’information, l’armée et j’en n’oublie sûrement d’autres. Pour Gerasimov, le domaine cognitif, autrement dit le champ des perceptions, est un centre de gravité. L’objectif de cette doctrine est donc d’obtenir la victoire en contraignant l’adversaire accepter la supériorité, notamment informationnelle, de Moscou. Et c’est là que nos APT russes reviennent au galop.

Les opérations russes dans le cyberespace ont une triple vocation : produire du renseignement actionnable au profit du Kremlin (cyberespionnage), réduire le potentiel de l’adversaire (sabotage), modifier la perception du champ de bataille de l’adversaire (influence). L’ensemble a pour objectif de dégrader les capacités décisionnelles de l’adversaire, afin, à terme, de prendre l’avantage décisionnel. Si certains ont un doute, qu’ils se rassurent. Il me semble possible de mener les trois de front, dès lors que la compromission dans un (ou des) système(s) critique(s) est consommée. En premier lieu, parce que les trois s’inscrivent dans une temporalité complémentaire : T1 puis T2 puis T3. Ensuite, parce que, jusqu’à ce jour, les opérations à priori commanditées par Moscou se sont déroulées sur un temps long, qui a donné aux opérateurs russes une confortable marge de manœuvre. Mais que ces derniers se rassurent, cela pourrait changer dans les années à venir.

Je sens qu’au fond de la salle, on s’impatiente. Quel est le rapport avec l’affaire du DNC, me direz-vous ? Les événements des dernières semaines me laissent penser que les révélations de ThreatCrowd pourraient, d’une certaine manière, servir, opportunément bien entendu, les intérêts de Moscou. Je m’explique. Révéler une compromission de cette gravité, dès lors qu’elle touche aux intérêts d’une nation, n’est pas un acte anodin. Particulièrement, lorsque l’on semble être confronté à un attaquant d’origine étatique, particulièrement s’il est russe. Nous avons vu, plus haut, pourquoi.

Plus généralement, une révélation publique de cet ordre, que ce soit par le biais d’un vecteur officiel ou par un tiers, est un acte éminemment politique, qui doit s’inscrire dans une manœuvre de contre-influence consolidée. On veillera donc, en avance de phase de préférence, à définir l’objectif, l’état final recherché et une ligne d’action pertinente. Je préfère préciser, vu que c’est pas toujours évident pour tous, même au plus haut de l’appareil de l’État. Par conséquent, on pensera, dans un second temps, à construire des éléments de langage spécifiques et une stratégie de communication cohérente, qui s’inscrit dans la trajectoire choisie – une trajectoire qui a pour objet de contrecarrer celle de l’adversaire évidemment. D’ailleurs à ce sujet, je ne peux que vous conseiller la lecture d’un excellent article du remarquable Thomas Rid, chercheur britannique de son état, que l’on ne présente plus, à l’origine, notamment, mais pas que, du modèle Q et d’un excellent article, publié en 2011, baptisé « La cyberguerre n’aura pas lieu« . Un titre qui ne s’invente pas.

Quoiqu’il en soit, l’affaire du DNC rappelle, si l’était besoin, et Dieu sait qu’on a besoin de l’entendre, que la cyberdéfense n’est pas qu’une affaire de techniciens – garçons que j’adore soit dit en passant. Les opérations russes dans le cyberespace nous rappelle cruellement, qu’in fine, il s’agit (aussi/surtout) de maîtriser le champ informationnel de l’adversaire, afin de préserver ses propres capacités de décision et prendre l’avantage. A ce titre, il faut arrêter de faire preuve de candeur et prendre en compte le champ informationnel, d’abord afin de préserver ses capacités décisionnelles, et enfin parce qu’une stratégie de contre-influence bien ficelée peut prendre à défaut le discours de l’adversaire et transformer une faiblesse en un atout au profit de sa propre manœuvre.

Non, ne dites rien. Laissez moi rêver un instant.